Etudes Dalmates I.
DOI:
https://doi.org/10.15291/radoviling.3320Abstract
L’autcur etudie le terme ragusain (roman de Dubrovnik) cosel et l’emprunt serbo-croate kosao, -ala.
Les raguseismes coctal/coctel, (*cosal)/cosel qui figurent dans les documents rediges en dialecte venitien au 14eme siecle a Dubrovnik, sont empruntes apres avoir change la phoneme ragusain a en a (parfois en e). S’appuyant sur la theorie de F. Schur (RLiR XX) l’auteur est parvenu aux conclusions suivantes:
1. Dans le ragusain l’a libre a abouti a a;
2. L’e final est tombe tandis que l’a protonique s’est reduit, voyelle indistinote. Dans la convergence raguseo-venitienne cette voyelle disparut du systeme ragusain. Les scribes notent a sa place un o quand ils ne restaurent pas dans la graphie, ce qui se passe le plus souvent, un a. Dans le ragusain du 14eme siecle un o continue le phoneme aboli;
3. Par consequent, tout o protonique dans les elements romans du serbo-croate n’atteste pas toujours une date ancienne de 1'emprunt: a savoir, kosal et les mots du meme type ne furent pas recus a l’epoque ou le systeme serbo-croate ne disposait pas de l’a bref (qu’il rendait par un o bref) mais beaucoup plus tard. Les Slaves, membres de la symbiose slavo-romane de Dubrovnik, auraient entendu, selon notre opinion, ou *cosal(e) (raguseisme en tre dans le lexique du venitien de Dubrovnik, dans sa premiere phase d’adaptation) ou [*co’sal], forme ragusaine qui accuse les premiers effets du melange interroman. En tout cas, le resultat ne pouvait pas etre different, au moins au 14eme siecle, car l’existence de 1’opiposition a : a en serbo-croate a cette epoque-la a conditionne, en definitive, le passage des voyelles romanes en a du serbo-croate commun;
4. C’est pour cela qu’une couche qui reflete le melange dalmato-venitien effectue doit etre intercalee dans la stratification actuelle des romanismes en serbo-croate.
L’auteur a etudie aussi l’histoire des significations differentes de CASALIS > cosel, casale dans les documents de Dubrovnik et des autres villes croates de la cote. Le sens ancien (»masure«, »maison en ruines«, »terrain ou on batit ou a bati une maison«), atteste a Dubrovnik et a Kotor, qui est le sens primaire du mot ragusain et de l’emprunt kosao, recut, au cours des siecles, des significations nouvelles: »fumier«, »ordures«. Un nouveau casale = »hameau«, »groupe des maisons«, importe a Dubrovnik, refoule, depuis la fin du 13eme siecle, le sens ancien. A cause du rythme ragusain qui resistait longtemps au ryth me venitien ce nouveau casale = »hameau« (avec une s sourde qu’il avait dans l’italien centro-meridional) semble avoir eu l’occasion de subir lui aussi l’affaiblissement ragusain precite de la protonique. La forme plus ancienne (cosel = »masure«), apres avoir subi la venitianisation partielle (cosal) ou totale (casale, avec l’s sonore) disparut depuis la fin du 17eme siecle de la terminologie de chancellerie de Dubrovnik, soit latine qu’italienne, car la coexistence avec casale = »hameau« se rendait de plus en plus im possible a cause de l’homonymie. Elle laissa des traces dans le serbo-croate: a cote de kosao mentionne, nous avans aussi kozao = »(tas de) fumier«. Cette seconde forme appartient aussi a la couche mixte, car une sonorisation s > z est impossible en slave. Apres le changement de la signification au sens tres pejoratif (kosao — »fumier«), les Croates de Dalmatie commencerent a employer d’autres expressions pour exprimer »maison en ruines« (kućiština, kućinština, etc.). Ces termes penetrerent aussi dans la langue des notaires de Dubrovnik. Finalement, l’auteur tache d’expliquer pourquoi les Romans de Dubrovnik ont conserve si longtemps l’ancien sens de ce mot au lieu d’accepter une innovation lexicale quelconque (par ex. casolare, dont une forme latinisee casulare est confirmee a Rome en 1178; casalino etc.). L’ancien sens qui au 14eme siecle avait des pendants seulement dans des aires isolees (et qui aujourd’hui est tres rare, cf. REW 1729) a pu subsister parce que ces innovations auraient engendre des homonymies genantes en passant dans le systeme ragusain. Casolare > *cosler serait identique au resultat du venitien cusler = »cuillere«, tandis que casalino aurait donne coslin, identique, ou a peu pres, au terme hybride croato-ragusain qui signifie »{cuir) de chevre«.


